Maison-Chatiague

     Histoire d'un lieu et d'un projet.

Un peu d’histoire

 

L’immeuble est situé à Tence, bourg de 3000 habitants sur le plateau Vivarais-Lignon en Haute-Loire.

Bâtiment de quatre niveaux, il était autrefois un hôtel, café-restaurant.

Sa façade principale donne sur la place du  Chatiague, parfois orthographié comme « place Chatiac » ou « place Chatiaque » sur les vieilles cartes postales. La grande esplanade arborée, qui accueille le marché les mardis, était autrefois connue comme le “Quartier des hôtels”, avec ses voisins les hôtels de Gouit1 et Montchal2.

 

Le bâtiment occupe la presque totalité de sa parcelle, dénommée 138 au cadastre. Les parcelles voisines ont des usages variés : celle au nord (137) appartient à la commune et accueille une ancienne citerne en pierre en ruine. Celles au sud (140 et 141) sont occupées par des maisons d’habitation et celle plus à l’ouest (265), en contrebas de la maison, actuellement utilisée comme parking, était autrefois occupée par un marché couvert, détruit par le poids de la neige.

Le bâtiment n’a aucun mur mitoyen avec ses voisins, il se définit donc comme une construction “4 façades”, avec une ruelle à la limite de la parcelle 140 et un jardin dans la 141.

 

La parcelle rectangulaire que le bâtiment occupe est le résultat de la jonction de deux anciennes parcelles carrées. Ce qui est  visible dans le Cadastre Napoléonien de 1830, où les parcelles sont dénommées 121 et 122.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Première image connue de l’immeuble, quand il s’appelait Café Jacon, 1912.

 

 

À cette époque, seulement la parcelle côté place est répertoriée comme bâtie. Aussi, bien qu’à première vue l’enveloppe en pierre du bâti semble unie, l’appareillage des pierres montre le contraire : l’absence de juxtaposition dans le calepinage des pierres au niveau de la jonction entre les deux anciennes parcelles montre que ces murs ont été construits à deux périodes différentes.

Cela peut aussi expliquer la présence de la ruelle existante permettant l’accès à la parcelle arrière et d’un épais mur en pierre traversant seulement le rez-de- chaussée bas.

 

Deux hypothèses se présentent : une première, celle de deux bâtiments construits différemment dans deux parcelles puis leur ralliement, ou, une deuxième, avec l’extension du premier bâtiment sur la parcelle voisine.

 

Avec ce premier cadastre, nous pouvons donc dater la construction du premier bâtiment jusqu’à 1830 et celle du deuxième avant 1912 - date du tamponnage de la première photographie/carte postale connue du bâtiment, quand il s’appelait “hôtel Jacon”, reconnaissable à la forme de sa toiture.

 

Au niveau de sa matérialité, la maison est construite presque totalement en pierre, avec des murs en granit, taillé manuellement et une toiture en charpente bois et lauze de phonolite. Les planchers intermédiaires sont en bois, à l’exception du plancher de la cuisine fait en bois et hourdis en terre cuite.

Nous pouvons apprécier les grandes modifications apportées au niveau de la façade principale dans des cartes postales plus contemporaines : des fenêtres au deuxième étage ont été agrandies ainsi que celles du rez-de-chaussée qui ont été remplacées par des vitrines.

Un enduit crépis en ciment est venu unifier l’ancienne façade en pierre. Une grande marquise en métal et verre armé est venue couronner le tout : d’inspiration art nouveau, elle était auparavant accompagnée de deux mâts dont l’un soutenait l’enseigne de l’hôtel.

 

Sur cette enseigne on découvre un nouveau nom, celui d’« hôtel L’Esplanade », appellation qui fait sûrement

 

 

 

Images transmises par Isabelle Sagnard

 

 

référence au parvis de la chapelle des Pénitents juste en face.

 

Les images d’archives montrent certains éléments constructifs de la maison qui ne sont actuellement plus visibles. C’est le cas notamment des conduits de cheminées, présents au nombre de six dans les archives et dont seulement trois sont visibles en toiture aujourd’hui, sans conduits intérieurs.

 

Les intérieurs de la maison ont aussi été grandement modifiés.

Par leur esthétique, nous savons que la plupart des aménagements intérieurs datent des années 60, époque à laquelle les contraintes d’isolation n’existaient pas encore.

Des journaux de presse ont été retrouvés entre le plancher bois et le revêtement en linoléum, en dessous des combles, datant de 1941 à 1958. Durant cette époque, un doublage intérieur des murs en pierre a été réalisé au rez-de-chaussée, premier étage et dans les deux chambres du deuxième étage. Sans propriétés isolantes thermiques, ces doublages permettent principalement de retrouver des espaces aux angles droits, avec des pertes de surface plus ou moins conséquentes. Ces doublages sont en briques de terre cuite et séparés de quelques centimètres du mur de pierre. En intérieur, ils sont finis avec un enduit ciment recouvert de papier peint.

 

Avec de nouveaux propriétaires, un nouveau nom est arrivé, celui de Café Chouvenc. Désormais fermé depuis presque 20 ans, il était à l’époque à la fois habité par ses propriétaires et quelques locataires.

Il ouvrait occasionnellement pour les fêtes foraines ou les jours de marché.

En 2020, l’immeuble est racheté par Catherine Jabaly et son fils David, pour y installer le projet « Maison-Chatiague ».

Aussi, la grande pièce principale s’apparente à un salon, suivi d’une cuisine, puis d’une chambre. Sous l’escalier se trouvent toilettes et douche. La cuisine est meublée avec du mobilier à structure en bois et  panneaux en contreplaqué de bouleau, le tout fini par un vernis merisier dans un esprit propre aux années 1950.

Les plans de travail sont en stratifié bleu, dit « formica ».

La pièce principale est recouverte de papier peint du mur au plafond avec un lambris bas en bois verni, clouté de l’intérieur. Grande pièce et cuisine ont un sol carrelé en terrazzo. La petite pièce dispose d'un plancher bois sous le dalami, tandis que le sol de terrazzo repose sur un plancher bois et hourdis de terre cuite dans la cuisine. Le couloir est en plancher bois avec un revêtement en linoléum dégradé.

Dans la pièce principale, le plafond a été doublé en plâtre, contrairement à la cuisine et la chambre où il est doublé en bois. Une grande partie des murs de pierre a aussi été doublée par des cloisons non isolées en briques de terre cuite, sûrement dans une volonté de lisser les murs et d’obtenir des angles droits. Le reste des murs périmétraux est enduit au ciment.

R+1

 

L’accès à ce niveau se fait uniquement depuis l’escalier décrit précédemment. On y trouve tout d’abord un couloir étroit avec cinq portes. La première donne sur l’escalier menant ensuite au deuxième étage. Les autres portes donnent sur les quatre chambres de l’ancien hôtel. Deux chambres s’ouvrent côté Place Chatiague, deux autres au sud vers l’ancien marché couvert.

Le sol est composé d’un plancher bois recouvert de linoléum, les murs et cloisons sont recouverts de papier peint.

Le plafond des deux chambres donnant sur la place est peint en blanc. On y voit la structure du plancher bois soutenant le deuxième étage, avec des poutres de profil rectangulaire, peintes en blanc dans une des chambres. Dans les deux autres chambres, les poutres ont un profil circulaire et le bois est verni avec des motifs. Cette différence structurelle appuie l’hypothèse d’une construction différée suivant les parcelles napoléoniennes.

Les deux chambres orientées vers le marché (façade sud-ouest) sont reliées entre elles par une porte et chacune compte un rangement intégré : l’une dans l’espace sous l’escalier, l’autre dans une niche de l’ancienne fenêtre donnant directement sur la parcelle voisine. Cette niche est actuellement fermée de l’extérieur par des parpaings et des pavés de verre non isolés.

Toutes les chambres ont des lavabos. Deux d’entre elles, du côté de l’ancien marché, ont aussi des bidets. L'étage n'est pas équipé de toilettes à ce niveau.

 

 

R+2

 

Le deuxième étage présente les spécificités suivantes : bien qu’il soit aménagé, la charpente y est presque totalement visible et non isolée thermiquement.

La charpente, en bois massif, supporte le poids d’une toiture en lauzes de phonolite posées sur un lit de chaux, elle-même posée sur une sous-toiture en bois.

La toiture ancienne est en bon état et assure une bonne étanchéité à l’eau malgré les interstices visibles.

L’accès à la toiture semble possible grâce à une trappe métallique, probablement installée à postériori.

 

L’arrivée de l’escalier depuis le R1 est ouverte sur un grand espace d’environ 50m2, subdivisé à certains endroits par des cloisons légères en bois et posées de façon précaire, et un cabinet de toilette.

On n'y compte aucune fenêtre, à l’exception d’un petit fenestron et deux bandeaux au niveau du sol.

En effet, les fenêtres du premier étage du pignon sud-ouest sont très hautes et remontent au-dessus du sol du deuxième étage.

Du côté nord-est, deux chambres ont été aménagées avec lavabo, la deuxième étant curieusement accessible par deux portes accolées. La première chambre est plus petite et a deux fenêtres, l’une sur la façade principale, l’autre, plus petite, sur le côté est. La deuxième chambre a deux fenêtres sur la façade principale. Ces deux chambres sont séparées par des cloisons en briques creuses et un faux plafond en bois, qui ne suit pas la forme de la charpente.

Les murs en pierre sont aussi doublés en terre cuite. Aussi, au-dessus des chambres, se trouve une niche non accessible au niveau le plus asymétrique de la charpente. Au-dessus des chambres, les fermes de la charpente perdent leur régularité et leur symétrie : la dernière ferme présente une poutre basse, prise dans le plafond des chambres.

Celle-ci est donc différente des autres fermes présentant des jambages le long des murs pour dégager une plus grande hauteur sous toiture, sans poutre intermédiaire.

histo-place-nb-1.jpg
histo-place-nb.jpg
histo-place-color.jpg
histo-coupe1.jpg
histo-coupe2.jpg

La maison au moment de son acquisition

 

Rez-de-chaussée bas

 

L’accès au rez-de-chaussée bas se fait par la rue Auguste Cuoq, via une porte de garage ancienne à trois volets.

À ce niveau se trouvent trois pièces ainsi qu’une cave de pierres, débordant au nord-est des parcelles napoléoniennes. Les murs délimitant l’intérieur et l’extérieur sont épais et construits en pierre traditionnelle.

À première vue, ce niveau pourrait s’apparenter à un sous-sol. Pourtant, le fait que tout ce niveau soit accessible directement depuis la rue qui longe le bâtiment ne permet pas de le classer comme tel.

Il n’est en effet pas enterré, à l’exception de la cave sous l’emplacement de la terrasse. On comprend qu'il a eu diverses fonctions.

 

Au niveau de la ruelle, on retrouve la trace d'une ancienne porte, grâce à ses jambages de pierre, qui permettait l'accès des bovins dans ce qui devait être une étable d'accueil des animaux lors des foires, tandis que leurs propriétaires étaient logés dans l'hôtel.

 

À la différence des autres étages, où les murs en pierres sont seulement périmétraux, le rez-de-chaussée bas est également traversé par un mur en pierre. C’est probablement le mur mitoyen qui séparait les deux parcelles recensées dans le cadastre napoléonien.

Dans le garage, le sol est cimenté. Un soupirail sort aussi au niveau du rez-de-chaussée haut, vers la terrasse de la maison.

Après le garage, on accède à une grande pièce qui accueille actuellement la chaudière ainsi qu’un escalier qui conduit au rez-de-chaussée haut. La pente de ce dernier le rend presque impraticable. Le sol et certains enduits sur les murs de pierre sont en ciment.

Une dernière pièce, séparée par une paroi en briques, était réservée à la salaison.

L’accès à la cave est à proximité de l’entrée du garage.

Le sol est en terre battue, sur lequel subsiste un écoulement de ciment provenant du sol du garage, au niveau de la porte. Le plafond voûté est réalisé en béton et pierre. Deux niches se retrouvent dans les angles : l’une est enterrée, l’autre s’ouvre vers la rue, possiblement un ancien accès pour l’approvisionnement du charbon. On trouve également un deuxième soupirail dans la cave, dont on ne distingue pas l’ouverture extérieure, probablement condamnée lors de la construction de la terrasse voisine.

 

Rez-de-chaussée haut

Une terrasse sous une marquise se trouve en façade principale et sert d’accès à la maison. Elle est surélevée de deux marches par rapport à la place, où se trouve une ancienne fontaine en pierre qui sera remise en état de fonctionnement prochainement par la commune.

La terrasse est fermée par un muret et une palissade au sud et au nord et on y retrouve le soupirail du RDC bas sortant au pied d’un des deux murets. Deux vitrines et une porte vitrée en chêne donnent sur la grande salle ouverte de ce niveau.

Une deuxième porte, à gauche, donne directement sur un escalier qui dessert les étages. Il est séparé de la première salle par une paroi légère.

Chaque ouverture du rez-de-chaussée haut donnant sur la terrasse possède un volet métallique roulant, tout droit hérité des années 60.

Le niveau du rez-de-chaussée haut a été utilisé dès les années 1990 en appartement de plain-pied pour l’ancienne propriétaire.

Aussi, la grande pièce principale s’apparente à un salon, suivi d’une cuisine, puis d’une chambre. Sous l’escalier se trouvent toilettes et douche. La cuisine est meublée avec du mobilier à structure en bois et  panneaux en contreplaqué de bouleau, le tout fini par un vernis merisier dans un esprit propre aux années 1950.

Les plans de travail sont en stratifié bleu, dit « formica ».

La pièce principale est recouverte de papier peint du mur au plafond avec un lambris bas en bois verni, clouté de l’intérieur. Grande pièce et cuisine ont un sol carrelé en terrazzo. La petite pièce dispose d'un plancher bois sous le dalami, tandis que le sol de terrazzo repose sur un plancher bois et hourdis de terre cuite dans la cuisine. Le couloir est en plancher bois avec un revêtement en linoléum dégradé.

Dans la pièce principale, le plafond a été doublé en plâtre, contrairement à la cuisine et la chambre où il est doublé en bois. Une grande partie des murs de pierre a aussi été doublée par des cloisons non isolées en briques de terre cuite, sûrement dans une volonté de lisser les murs et d’obtenir des angles droits. Le reste des murs périmétraux est enduit au ciment.

R+1

 

L’accès à ce niveau se fait uniquement depuis l’escalier décrit précédemment. On y trouve tout d’abord un couloir étroit avec cinq portes. La première donne sur l’escalier menant ensuite au deuxième étage. Les autres portes donnent sur les quatre chambres de l’ancien hôtel. Deux chambres s’ouvrent côté Place Chatiague, deux autres au sud vers l’ancien marché couvert.

Le sol est composé d’un plancher bois recouvert de linoléum, les murs et cloisons sont recouverts de papier peint.

Le plafond des deux chambres donnant sur la place est peint en blanc. On y voit la structure du plancher bois soutenant le deuxième étage, avec des poutres de profil rectangulaire, peintes en blanc dans une des chambres. Dans les deux autres chambres, les poutres ont un profil circulaire et le bois est verni avec des motifs. Cette différence structurelle appuie l’hypothèse d’une construction différée suivant les parcelles napoléoniennes.

Les deux chambres orientées vers le marché (façade sud-ouest) sont reliées entre elles par une porte et chacune compte un rangement intégré : l’une dans l’espace sous l’escalier, l’autre dans une niche de l’ancienne fenêtre donnant directement sur la parcelle voisine. Cette niche est actuellement fermée de l’extérieur par des parpaings et des pavés de verre non isolés.

Toutes les chambres ont des lavabos. Deux d’entre elles, du côté de l’ancien marché, ont aussi des bidets. L'étage n'est pas équipé de toilettes à ce niveau.

 

 

R+2

 

Le deuxième étage présente les spécificités suivantes : bien qu’il soit aménagé, la charpente y est presque totalement visible et non isolée thermiquement.

La charpente, en bois massif, supporte le poids d’une toiture en lauzes de phonolite posées sur un lit de chaux, elle-même posée sur une sous-toiture en bois.

La toiture ancienne est en bon état et assure une bonne étanchéité à l’eau malgré les interstices visibles.

L’accès à la toiture semble possible grâce à une trappe métallique, probablement installée à postériori.

 

L’arrivée de l’escalier depuis le R1 est ouverte sur un grand espace d’environ 50m2, subdivisé à certains endroits par des cloisons légères en bois et posées de façon précaire, et un cabinet de toilette.

On n'y compte aucune fenêtre, à l’exception d’un petit fenestron et deux bandeaux au niveau du sol.

En effet, les fenêtres du premier étage du pignon sud-ouest sont très hautes et remontent au-dessus du sol du deuxième étage.

Du côté nord-est, deux chambres ont été aménagées avec lavabo, la deuxième étant curieusement accessible par deux portes accolées. La première chambre est plus petite et a deux fenêtres, l’une sur la façade principale, l’autre, plus petite, sur le côté est. La deuxième chambre a deux fenêtres sur la façade principale. Ces deux chambres sont séparées par des cloisons en briques creuses et un faux plafond en bois, qui ne suit pas la forme de la charpente.

Les murs en pierre sont aussi doublés en terre cuite. Aussi, au-dessus des chambres, se trouve une niche non accessible au niveau le plus asymétrique de la charpente. Au-dessus des chambres, les fermes de la charpente perdent leur régularité et leur symétrie : la dernière ferme présente une poutre basse, prise dans le plafond des chambres.

Celle-ci est donc différente des autres fermes présentant des jambages le long des murs pour dégager une plus grande hauteur sous toiture, sans poutre intermédiaire.

Des pathologies propres au bâti ancien

 

La maison, par son âge et par les modifications vécues, présente diverses pathologies propres aux bâtiments anciens. Ces bâtisses traditionnelles n’ont pas été construites pour accueillir les conforts du XXIe siècle. Il faut y faire extrêmement attention lors de leur rénovation.

Les murs en pierre et chaux possèdent une certaine porosité, laissant un passage limité pour l’humidité. Ce processus est totalement sain et naturel, car les matériaux ont une tolérance et une forme de « vie »1.

Le premier accès de l’eau dans le bâtiment se fait par les toitures, lauze et verrière. Au niveau du mur nord, la gouttière est extrêmement abîmée. De ce fait, l’eau ne s’évacue plus par les conduits faits pour et s’évacue dans des passages de fortune, humidifiant et effritant ainsi la façade nord.

Cela s’avère extrêmement problématique, entraînant une forte humidité, une disparition (dû à l’effritement) des joints à la chaux et une installation de végétation attirée par l’humidité.

La gouttière de la marquise est aussi en mauvais état et elle se déverse directement sur la terrasse. L’absence d’une bonne pente d’évacuation au niveau de cette dernière, à laquelle s’ajoute une pente inversée au niveau de la fontaine, entraîne une stagnation de l’eau et des infiltrations au niveau de la cave.

 

Aussi, on observe au niveau de l’intérieur des remontées par capillarité de l’humidité du terrain portant la maison. Ce processus n’altère pas le bâtiment si, et seulement si, les murs « respirent ». Par là on entend que la porosité naturelle des murs laisse l’eau s’échapper de la matière pour s’évaporer.

 

 

1 Par « vie » on entend que les propriétés de la pierre sont capables de se modifier au cours du temps et des contextes environnementaux. La pierre n’est pas un matériau figé.

 

Ce phénomène s’appelle la perspiration qui est donc « un phénomène physiologique qui concerne l’ensemble des échanges respiratoires tels que l’absorption d’oxygène ou l’élimination de l’eau au travers de la peau sans sudation apparente »2.

 

Les enduits cimentés, qui recouvrent une partie des murs depuis les années 60, sont très présents dans la Maison-Chatiague. Ces enduits sont connus pour être peu poreux et donc empêcher le passage de l’humidité.

Cette propriété s’avère dommageable dans les bâtiments traditionnels. Ainsi, l’eau présente dans les murs de pierre ne pouvant s’évaporer (car retenue par l’enduit de ciment) continue de s’accumuler dans le mur. Cela crée plusieurs problèmes :

- l’eau s’échappe tout de même créant des fissures dans l’enduit, et les agrandissant au fur et à mesure,

- apparition de salpêtre, littéralement « sel de mur », créé par l’agglomération des sels minéraux compris dans l’humidité lorsque ceux-ci passent de l’état gazeux à l’état liquide, puis solide,

- le mortier à la chaux des murs en pierre se dégrade, s’effrite avec la stagnation d’eau, pouvant aller jusqu’à l’effondrement du mur,

- l’humidité présente dans les murs peut se transmettre à la sous-structure en bois, entraînant un pourrissement, qui finit par perdre ses capacités structurelles.

 

Dans la maison, la condensation et la moisissure ont fait leur nid au niveau des fenêtres, de l’évier de la cuisine et dans certaines niches. Vu leur propagation alors que la maison n’est pas utilisée, on ne peut qu’imaginer que ce phénomène va empirer lors de l’utilisation de la maison. En effet, un présence humaine en continu implique une augmentation du dégagement de vapeur d’eau à l’intérieur de la maison liée aux corps, mais aussi à l’utilisation de l’eau chaude des douches et éviers, cuisine, etc.

Il faut donc soigner au plus vite la maison de ses pathologies, avant qu’elles n’empirent.

 

Tout de même, la non-utilisation de la maison dans son entièreté au cours des dernières décennies a sûrement aidé à maintenir des taux d’hygrométrie intérieure bas ce qui a permis de mieux conserver le bâtiment.

Cependant, une augmentation de son usage sans soigner la maison au préalable pourrait avoir des effets néfastes sur le bâtiment. L’objectif n’est pas ici de mettre la maison aux normes d’un bâtiment neuf.

La rénovation est un acte différent de celui de construire entièrement un nouveau bâtiment.

Les éléments qui vont suivre sont une base théorique d’améliorations lors d’une rénovation dans le souci de la conservation d’un bâti et d’améliorations énergétiques.

 

Une dernière problématique est liée à la stabilité structurelle des murs en pierre : la présence des doublages ne permet pas de faire un état des lieux des murs. Lors des premiers relevés, nous avons remarqué des pierres manquantes dans les murs et l’impossibilité de suivre les conduits de cheminées dans les étages. S’ils n’ont pas été comblés, ils peuvent être source de faiblesse structurale, courants d’air, d’infiltrations d’eau ou d’hébergement pour petits animaux et insectes.

Aussi, et comme expliqué précédemment, nous constatons depuis l’extérieur l’absence de juxtaposition dans le calepinage des pierres au niveau de la jonction entre les deux anciennes parcelles. Ce manque de solidarité structurelle entre les deux bâtiments pourrait être inquiétant. Bien que nous ne remarquons pas de fissures de grande ampleur dans la maison, il serait préférable de vérifier lors de la dépose des doublures l’état de la jonction.

 

Soigner et isoler le bâti ancien avec précaution et réalisme

 

Comme cela a déjà été expliqué, la présence du ciment est très dangereuse dans le bâti ancien. Il est donc primordial de se débarrasser au maximum du cimentage présent sur les murs, principalement quand il est présent sous forme d’enduit ou de dalle directement en contact avec le sol.

 

Un des premiers accès de l’humidité dans un bâtiment se fait par le sol. Étant donné que le rez-de-chaussée bas est enduit au ciment, les murs perdent leur capacité perspirante, et cela crée des problèmes de salubrité.

Il serait donc bénéfique d’enlever les enduits en ciment de la maison, et en priorité ceux des murs du rez-de-chaussée bas. En effet, ces murs retrouvant leur capacité perspirante, le problème de salubrité est résolu. Avec cette solution, et seulement si le niveau n’est pas isolé, les murs peuvent aussi rester en pierres apparentes, ce qui offre une belle matérialité au niveau. Il faudrait aussi se débarrasser des enduits ciment aux endroits où l’on peut observer de la moisissure, comme dans les niches de l’évier de la cuisine ou dans les armoires.

 

En contrepartie, il est envisageable de garder l’enduit extérieur en crépi de la façade principale, à repeindre avec une peinture respirante, et envisager de le refaire à la chaux d’ici quelques temps.

Le crépis existant n’est pas perspirant et donc empêche la bonne évacuation de l’humidité. Cependant, ce n’est pas cela qui détériore le plus le bâtiment à l’heure actuelle.

 

Une autre contrainte existe au rez-de-chaussée bas : ce sont les dalles en ciment. La maison est construite sur un sol en terre qui comporte une certaine humidité.

L’eau présente, ne pouvant pas traverser les dalles, trouve une sortie dans les points perméables les plus proches, soit les murs. Il faut ajouter à cet état des lieux que les sols ne sont actuellement pas isolés et les hauteurs sous plafond ne permettent pas de place pour l’isolation non plus.

Pour pallier à ces problématiques au niveau de la cave, il est envisagé de décaisser et créer un sol hérisson1 avec un géotextile et une finition en gravier, très perspirant, ce qui diminue les remontées d’eau par capillarité.

Dans le reste du niveau, la dépose des sols bétons est aussi conseillée.

Cette dépose, ainsi que le décaissement des sols, permettrait d’arriver à des hauteurs sous plafond correctes et de placer l’isolation au plafond pour isoler les niveaux supérieurs.

 

1 Un sol en hérisson est une technique de construction consistant à déposer une couche de moellons placés sur chant, soit des pierres placées à la verticale. Cette technique laisse peu de points de contact entre les pierres et empêche ainsi l’eau de remonter par capillarité. Les moellons peuvent aussi bien être du sable stabilisé que des petits cailloux.

 

Concernant les enduits ciment de toute la maison, leur retrait s’impose. Il est conseillé de laisser un temps les murs s’aérer après le retrait des enduits, ainsi que refaire les joints des pierres à la chaux. La salubrité des murs retrouvée, il est important de prévoir une isolation thermique adaptée aux usages à venir.

Dans notre cas, cette couche d’isolation ne peut s’effectuer que de l’intérieur. En effet, le bâtiment étant situé dans une zone sous protection patrimoniale des bâtiments de France, toute modification extérieure doit au préalable être accordée. Il serait inconcevable de cacher le bâti de pierre !

 

Dans tous les cas, le matériau choisi pour l’isolation doit être perspirant : il ne s’agit pas en effet de reproduire les mêmes dommages que ceux causés par l’ancien enduit de ciment. De cette manière, la migration naturelle de l’eau continuera de s’effectuer sans altérer le bâtiment. Pour ce faire, les isolants naturels ou biosourcés sont à privilégier car ils ont cette capacité perspirante, contrairement aux laines minérales comme celle de verre ou roche.

Aussi, les laines de bois, de chanvre ou encore les panneaux en fibres de bois peuvent être retenus.

 

La mise en œuvre d’une isolation en panneau engendre la construction d’une structure parallèle au mur existant. En effet, il est conseillé de laisser une fine lame d’air (2 à 5 cm suivant la porosité des murs) entre le mur de pierre et la nouvelle structure - en bois ou en profilé métallique - venant soutenir les panneaux d’isolation. Pour refermer l’installation, il est possible d’utiliser des panneaux d’OSB, de placo ou des panneaux type Fermacork en liège : ces deux matériaux ont aussi des propriétés d’isolation thermique. Une couche de bâche spéciale, faisant office de pare-vapeur, devra être ajoutée entre l’isolation et le panneau de revêtement pour éviter l’accumulation d’eau dans le matériau isolant. Ce pare-vapeur assure aussi l’étanchéité à l’air de la maison. L’occultation des joints grâce à du ruban adhésif spécifique permet d’éviter l’infiltration de l’air. Si ce système présente donc de nombreuses qualités, il est tout de même à noter que cette contre-paroi est épaisse d’environ vingt centimètres, ce qui fait perdre de l’espace habitable. Pour cela, il est indispensable de déposer les doublures existantes en briques, pour diminuer la perte d’espace au maximum et venir ainsi placer la nouvelle isolation dans l’espace récupéré.

De la même manière, si en hiver l’isolation augmente l’inertie de la pierre retenant la chaleur à l’intérieur, en revanche l’été la fraîcheur n’est plus retenue dans les espaces par les murs en pierre. Cela est dû au fait que l’isolation se trouve à l’intérieur du bâtiment

Pour aller plus loin

 

L’histoire du bâtiment permet de constater que les différents réaménagements vécus au fil des années n’ont pas impacté le volume même du bâti mais plutôt des éléments extérieurs, notamment des recouvrements en cimentage des parois verticales et des sols. Ces modifications ont probablement été effectuées alors que le bâtiment changeait de propriétaires ou de fonction, ce qui est arrivé plusieurs fois au cours de l’histoire de la maison.

Un constat poussé a permis de dégager les différentes pathologies constructives du bâtiment aggravées par quelques modifications « cache-misères ».

Il y a différentes techniques, résolument écologiques et respectueuses du bâtiment, permettant de réparer l’existant tout en conservant ses capacités particulières qui forment son charme. Un bon soin de l’existant, intelligent et efficace, est la première étape dans des travaux de rénovation. C’est la clef d’une bonne longévité.

 

 

Le projet

Le projet, dénommé « Maison-Chatiague », est pluriel et a vocation à apporter une nouvelle offre culturelle en milieu rural.

Au rez-de-chaussée haut, nous retrouvons « la vitrine » du projet. Dans ce qui était auparavant la salle du restaurant, un espace partagé de télétravail offrira 8 postes de travail à des personnes souhaitant sortir de l'isolement du travail à distance.

Le r+1 et r+2 seront investis par une maison d’hôtes proposant 5 chambres à louer tout au long de l’année. Les quatre chambres pour deux personnes au r+1 seront équipées par des salles d’eau pensées comme des petites cabines fonctionnelles afin d’optimiser l’espace.

Au r+2, une suite « cabane » permettra d'accueillir 4 personnes ou une petite famille.

Le rez-de-chaussée bas est un « faux » sous-sol car de nombreuses ouvertures donnent sur l’extérieur. Une buanderie et un local technique y seront aménagés, ainsi qu’un atelier de location de vélos à assistance électrique.

Logiquement, un espace consacré à l’œnologie trouvera place dans l’ancienne cave voûtée.

 

La maison dans son ensemble sera travaillée pour pouvoir être un lieu culturel.

Rez-de-chaussée bas

Ce niveau, divisé en 3 locaux, accueillera l'atelier de location de vélos avec espace de stockage pour le matériel à louer : vélo, casques, sacoches, matériel de sécurité, sacoches de pique-nique entre autres.

L’actuelle cave, chapeautée d’une voûte en berceau, deviendra un espace de dégustation de vins et sera disponible pour d’autres activités œnologiques.

 

Une fois la cloison du saloir déposée, les deux pièces laisseront place à un grand local technique.

Dans un placard technique camouflé prendront place la chaudière et une cuve à fuel ainsi que les descentes de gaines. Ainsi regroupés et facilement accessibles, ils confèrent au bâtiment une bonne efficacité d’entretien technique.

Le reste de la pièce est alloué aux machines à laver et offre un grand espace de stockage essentiel à la maison d’hôtes.

 

L’atelier de location de vélos électriques prendra place dans l’actuel garage pour être ouvert sur l’extérieur.

Actuellement peu ventilé, ce niveau fait l’objet d’une analyse approfondie à la recherche des pathologies liées à l’humidité.

 

Rez-de-chaussée haut

Ce niveau sera pensé en continuité avec l’espace extérieur sous la marquise et se destine à devenir un véritable lieu de rencontre. La restauration de la marquise sera accompagnée d’un travail sur les éclairages extérieurs et d’un mobilier d’extérieur réfléchi.

Un travail de paysagisme est à prévoir, avec la possibilité notamment de créer un massif planté en contrebas de la terrasse. Le traitement des murets au nord et au sud, ainsi que l’apport de végétation sur la terrasse, sont encore à développer dans la suite du projet pour offrir une entrée dégagée et chaleureuse de la place.

À l’intérieur, l’ensemble des murs de ce niveau sera doublé d’un isolant en laine de bois. Un pare-vapeur est compris dans le complexe isolant et doit aussi garantir l’étanchéité à l’air.

Au niveau fonctionnel, la salle de l’ancien restaurant accueillera l’espace de télétravail. Des secrétaires escamotables en bois et des bureaux individuels assureront une grande flexibilité dans cet espace. La cloison qui sépare l’ancienne salle de restauration de la chambre sera déposée pour être remplacée par un cloison accordéon pliable.

Cela permet de relier ou séparer ces deux espaces selon les besoins. Cet espace est imaginé réversible : une salle d’appoint liée au coworking en journée (réunions, imprimante, visioconférences) ainsi qu’une chambre « de garde » pour la maison d’hôtes la nuit.

La cuisine gardera sa place actuelle ; en plus des travaux d’isolation, un grand plan de travail est créé au centre de la pièce.

 

R+1

Reprenant la disposition actuelle, le premier étage sera organisé en maison d’hôtes. Les séparations existantes seront revues pour homogénéiser les surfaces et accueillir les sanitaires et salles d’eau entre chacune des quatre chambres.

La cloison devient meuble, la séparation devient espace.

 

Le minimum de mobilier sera pensé sur mesure, afin de laisser le genius loci s’exprimer via les éléments structurels existants et les mobiliers chinés par la propriétaire et ouverts à la vente pour les usagers.

Les espaces douches seront soit associés aux toilettes soit précédés d'un sas de déshabillement. Les lavabos d'origine seront reposés dans les chambre comme dans l’existant rappelant ainsi l’organisation de l'ancien hôtel.

 

 

R+2

Le deuxième étage se caractérise par une grande hauteur sous plafond rendue possible par la charpente laissée visible. De type coque de bateau renversée, elle est un élément de patrimoine à conserver et à sublimer. La charpente intensifie le caractère exceptionnel de ce dernier étage mais crée aussi des contraintes d’isolation.

En effet, dans la volonté de laisser cette charpente visible par les habitants, l’isolation thermique de la maison doit se gérer au niveau du plancher, laissant ainsi le deuxième étage soumis aux changements de températures de l’extérieur.

 

Toutefois, une suite cabane familiale avec salle d’eau est prévue côté pignon sud-est. Elle sera conçue comme une boîte isolée thermiquement et phoniquement. Deux fenêtres seront créées sur cette façade pour dégager la vue sur la vallée du Lignon.

Dans la boîte, une mezzanine mi-hauteur sera conçue pour accueillir un lit double dans l'embrasure d'une des fenêtres.

 

Un sas reliant l’escalier à la chambre fera office de passage isolé thermiquement assurant le confort des usagers.

 

À l’opposé, sur le pignon donnant sur la place, prend place une grande salle commune non isolée, offerte à une multiplicité d’usages : salon, cours de yoga, sessions d’aromathérapie. Cette salle profitera de la double hauteur et aura une vue sur la charpente.

Cet espace polyvalent peut être considéré comme une prolongation de l’espace d’exposition, avec la nouvelle façade intérieure créée par la construction de la cabane pouvant servir de support d’exposition et ainsi héberger des œuvres d’art.

 

Pour ce faire, un système d’éclairage de l’ensemble est à prévoir. On pourrait envisager de recréer une lumière suspendue à la charpente avec des anciens abat-jours en opaline et ainsi prolonger l’art exposé jusque dans les techniques du lieu.

 

En gardant une cohérence esthétique dans le choix des abat-jours, ce luminaire sera un véritable objet de décor pour la pièce : tel un bouquet de lampes anciennes en verre translucide ou un nuage d’abat-jours d’opaline dentelle/bords plissés.

Ce document a été rédigé d'après les recherches et réflexions du collectif Pignon-sur-champ, chargé par la propriétaire de l'accompagner de la conception à la réalisation.

Qu'ils y soient ici très chaleureusement remerciés !

 

Pignon-sur-champ, jeune collectif d'architectes formés à l'école nationale supérieure d'architecture de Nantes, c'est : Lisa Tertrin, Marcos Stambole, Agathe Bertin, Caroline Bonnet et Leonie Saradin.